Dessiner est il bénéfique pour notre cerveau ?

par

Dessiner nous rend-il moins bête ? Vaste question …
A votre avis, est-ce que le fait d’être dans l’action de dessiner a une quelconque incidence sur notre développement cognitif ou bien vous pensez que le dessin c’est juste pour occuper les enfants ?
Pire, peut être pensez-vous que ce n’est pas un vrai métier ? La « preuve » toutes ces IA qui font des dessins si « magnifiques », d’ailleurs peut-être que vous l’avez testé récemment et que le résultat vous a bluffé…

Dans cet article je vous propose mon point de vue, complètement subjectif, bien entendu 🙂

Que se passe-t-il dans notre cerveau quand on dessine ?

La première référence qui me vient à l’esprit est bien entendu les travaux de l’extraordinaire madame Betty Edwards1, une professeur de dessin Californienne qui s’est penchée sur ce sujet dès la fin des années 70. De manière quasi scientifique elle nous emmène dans les méandres de ce qui se passe dans notre cerveau lorsqu’on dessine. Et plus exactement dans nos deux lobes frontaux : le cerveau gauche et le cerveau droit. Pour faire court2 : dessiner mobilise essentiellement la partie droite de notre cerveau en faisant appel à des notions de spatialité. Le dessin peut ainsi nous permettre de s’exprimer et pas uniquement dans le domaine artistique. La créativité est une capacité essentielle pour les métiers scientifiques également et en fait si on pousse la logique TOUS les métiers ont besoin de créativité (mais ça c’est une autre question plus proche des sciences humaines et de l’ergonomie cognitive par exemple).

Betty Edwards se positionne comme défenseuse de l’apprentissage du dessin au même titre que celui de l’écriture dans les écoles. Et pas seulement de la pratique du dessin comme un art plastique comme c’est le cas dans le système scolaire français par exemple, mais vraiment comme apprentissage de la manipulation des concepts spatiaux par le dessin, car ils contribuent largement au développement de notre créativité au sens large du terme.

Donc à priori le dessin est un vrai atout cognitif !

Le dessin est un langage d’expression qui mobilise l’attention

Dessiner donne accès à des mécanismes qui ne sont pas « verbalisables ». Il existe d’ailleurs ce qu’on appelle le phénomène de « glissement ». C’est un état que les peintres et les dessinateurs expérimentent régulièrement. Chez mes élèves (petits ou grands) aussi quand j’entends « ah mince c’est déjà l’heure ? », c’est plutôt bon signe, lorsqu’on ne voit pas le temps passer. L’attention est maximale.

La perte de la notion du temps fait partie de ce phénomène de « glissement » du mode « cerveau gauche » à celui de « cerveau droit » qui consiste à mobiliser plus la partie droite de son cerveau que la gauche.

D’autres recherches plus récentes mettent également en avant l’importance du dessin chez l’apprentissage des jeunes enfants (et pas que): à écouter le podcast de France Inter Apprendre à dessiner, dessiner pour apprendre où comment la pratique du dessin agit sur le développement de l’intelligence, de la sensibilité et de la créativité.

Et pour citer Mathieu Cassotti dans ce podcast, professeur en psychologie du développement à l’Université Paris Cité et au LaPsyDE3 : « Mettre quelque chose sur le papier, c’est organiser sa pensée, c’est focaliser son attention, c’est encoder de l’information et la mémoriser. C’est toute une cascade d’événements cognitifs qui vont avoir un rôle dans l’éducation derrière. »

Je pense que la réponse à notre question plus haut est établie. Mais allons plus loin car il n’y a pas que les aspects cognitifs qui soient en jeux.

Et en plus le dessin c’est presque comme le sport

Les bienfaits de la pratique du dessin ou de la peinture sur la santé sont déjà bien connus avec l’art thérapie4, voir aussi l’article « Le dessin est-il une forme de méditation?« .

Loin des écrans et des algorithmes qui mangent notre attention, le dessin est une cure de jouvence pour les ainés et un moment très privilégié pour les plus jeunes qui réapprennent à s’ancrer (en encrant ;)). Ce n’est pas moi qui le dit bien que je le constate avec mes « grands » élèves (ceux qui ne travaillent plus) et les plus jeunes qui avec ce temps dédié se découvrent des capacités qu’ils n’auraient pas imaginé. Le dessin et la pratique de l’aquarelle notamment mobilisent des capacités cognitives qui sont loin d’être simples. Soit parce qu’on a passé sa vie à les mettre de côté dans des métiers qui cognitivement ont mobilisé la partie gauche du cerveau, soit pour les plus jeunes qui cherchent sans arrêt à se comparer (et qui n’essayent même plus face à tant de « perfection » étalée devant eux).

Trop de freins

Il est vraiment dommage que beaucoup de freins se mettent en place à l’age adulte, et de plus en plus malheureusement chez les plus jeunes aussi (inondés d’images « parfaites »), du type « je ne sais pas dessiner, je n’ai jamais su, c’est un don etc ».

C’est étrange comme c’est acquis pour la plupart des gens qu’on apprend à jouer d’un instrument de musique ou que l’on progresse en pratiquant un sport mais que le dessin serait lui une espèce de don inné. La réponse est clairement non, on apprend le dessin et on le pratique comme les autres disciplines (après, chacun ses capacités, comme pour tout autre domaine, et peut être que vous ne serez pas Raphaël mais vous aurez un niveau suffisant pour vous faire plaisir. Cherchez-vous vraiment quand vous faites du sport à ressembler aux vainqueurs des JO ??).

Pour les enfants, ce n’est pas une cure de jouvence mais c’est vraiment un terrain qui leur fait du bien, justement parce c’est accessible pour eux et qu’ils ne sont pas dans la passivité d’un écran mais dans l’action pour construire leurs idées et les organiser sur la feuille sans passer par la case des mots.

Des mots en couleurs

Une fois, lors d’une rencontre littéraire, des gens férus de littérature classique et grands lecteurs de romans exprimaient leur difficulté à lire des BD parce qu’il fallait se concentrer à la fois sur les textes et les images en même temps. C’est une chose qui m’est totalement inconnue ! car j’ai appris, essentiellement par la pratique, à mobiliser mon attention aussi bien sur du texte que sur des formes dessinées.

Je n’ai jamais compris toutes ces séparations entre les arts, les lettres, les sciences. Tous les mots ont des sons, tous les chiffres ont des couleurs, le tout a même peut être un goût, une forme ou une émotion. Notre cerveau a besoin de cette plasticité. Ce n’est pas un hasard je pense si certains peintres très connus étaient à leur époque encore plus connus sur d’autres domaines plus scientifiques ou liés à l’ingénierie (voir l’article « les drôles de metiers des artistes célèbres » ).

Regarder les dessins

En plus de pratiquer, il faudrait aussi s’attacher à « regarder » les images (et regarder dans le sens de prendre le temps d’observer avec attention, pas de se gaver de shorts inutiles et abrutissants, générés dans le seul but de happer l’attention, non je ne mettrai de référence mais vous pouvez imaginer sans peine de quoi je parle).

Aller voir des tableaux dans une exposition d’art fait partie de cette mobilisation cérébrale également qui contribue à garder notre plasticité cérébrale.

Les chercheurs de l’University College London ont publié récemment un article5 à propos du ralentissement du vieillissement chez les personnes pratiquant une activité culturelle (qui inclut également d’aller voir des expos). Les chercheurs démontrent ainsi un effet comparable à celui du sport dans la pratique d’une activité culturelle régulière. L’auteure principale6 de cette recherche a déclaré: «Ces résultats démontrent l’impact sur la santé des arts au niveau biologique. Ils fournissent des preuves pour que l’engagement artistique et culturel soit reconnu comme un comportement de promotion de la santé de la même manière que l’exercice.« 

Il faut dessiner

Au delà de mon rôle de transmettre les outils pour apprendre à dessiner, je pense qu’il est vraiment important de ne pas perdre cette capacité à dessiner, que se soit pour le plaisir, pour apprendre, pour créer ou pour communiquer. C’est une capacité qui nous permet d’aller au delà des mots et cela me semble primordial à l’ère des outils génératifs ultra robotisés qui fonctionnent principalement avec des données « rationnelles » (textes, chiffres, data en tout genre…) de garder cette part bien humaine qui nous appartient. Il faut dessiner (par le trait et/ou par la couleur), pas seulement pour faire des beaux dessins (encore une fois, faites l’analogie avec le sport, recherchez vous tout le temps la performance ?), mais aussi pour garder une forme d’expression qui nous est propre.


  1. Betty Edwards est née en 1926 et est aujourd’hui centenaire, le dessin, ça conserve ! ↩︎
  2. J’approfondis le sujet dans mon stage de dessin intensif sur 2 jours qui reprend les concepts du dessin avec le cerveau droit ↩︎
  3. Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’Éducation de l’Enfant ↩︎
  4. https://www.ghu-paris.fr/fr/actualites/pour-quels-types-de-pathologies-lart-therapie-peut-elle-etre-pertinente ↩︎
  5. https://www.ucl.ac.uk/news/2026/may/engaging-arts-linked-slower-pace-ageing ↩︎
  6. La professeure Daisy Fancourt (UCL Institute of Epidemiology & Health Care) ↩︎

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!