La couleur blanche, historettes et des artistes qui ne font pas chou-blanc

La couleur blanche, petit tour de son histoire et des artistes

On appelle souvent Janvier le mois du blanc (notamment pour les promos sur le linge de maison…). Mais peut être est ce plus dû aux différents manteaux de givre ou de neige qui recouvrent les paysage à cette époque et les subliment d’une jolie couleur blanche, signe d’un renouveau à venir… Mais est-ce que le blanc est une couleur ou une absence de couleurs ?

paysage neige campagne

Les appellations

Comme d’habitude (voir les articles sur les couleurs) regardons ce qui se passe chez les fabricants de couleurs. Au rayon bricolage on trouve plus de qualificatifs que de déclinaisons « colorées ». Le blanc est donc plutôt considéré comme une absence de couleurs. Car contrairement aux « autres » couleurs, le blanc est juste blanc, et n’a pas déclinaisons « exotiques ». On aurait pu s’attendre à du blanc de lys, arctique ou encore un blanc glacial. Mais non il est simplement brillant, parfait, satiné, mat, intense
On trouve néanmoins un « Ours blanc du pôle » 🙂 chez la marque Algo.

Du côté des fabricants de couleurs côté Art on touche à un autre registre, et cette fois-ci un tout petit peu plus « coloré » : blanc de Chine pour Derwent, blanc de titane pour de nombreuses marques, blanc de zinc pour de nombreuses marques, blanc cristal ou blanc coquille (chez Lascaux), et même un blanc de titazinc chez la marque Blockx ou titane-zinc chez Williamsburg. Le blanc se décline légèrement mais sa gamme chromatique reste bien faible si l’on le compare aux autres couleurs.

La symbolique de la couleur blanche

Le blanc évoque la pureté, l’innocence, la surface vierge du papier ou de la toile. Il symbolise aussi la paix, le calme et la lumière. Dans certaines cultures il est synonyme de deuil.

cheval blanc courant dans la neige blanche

Un peu d’histoire sur la couleur blanche

Pour les artistes la « couleur » blanche a toujours été une des peintures les plus facile à avoir. Un des pigments les plus populaires étaient la céruse appelé blanc de plomb, blanc d’argent (dans la peinture à l’huile), blanc de Berlin ou encore de Cremnitz. Sa charge opacifiante était assez importante. Il pouvait aussi être mélangé a de la craie. Bien que toxique, autant pour les ouvriers que pour les peintres, il a été utilisé pendant plus de 2000 ans dans la peinture, mais aussi dans des articles du quotidien (pigment dans la vaisselle, les cosmétiques, les papiers peints…).
C’est à la fin du 18ème siècle que l’oxyde de zinc (aussi appelé blanc de Chine !) vient remplacer la céruse pour sa non toxicité. Sa charge opacifiante était néanmoins plus faible et il est alors jugé fragile car il cause de nombreuses craquelures dans des œuvres de l’époque.

Le blanc de titane


Il faudra attendre le début de 20ème siècle pour que le fameux blanc de titane fasse son apparition et convainc les artistes (et détrône les autres blancs) par son opacité et sa brillance. Aujourd’hui ce pigment très accessible (constitué d’oxyde de titane) est également utilisé dans les plastiques, le papier, les produits pharmaceutiques, la crème solaire mais aussi dans les aliments, les dentifrices, les comprimés…

Les œuvres en blanc

Impossible de ne pas parler de l’artiste Malevitch et de son fameux « Carré blanc sur fond blanc » (qui montre bien d’ailleurs qu’il y a une variation chromatique dans les blancs…):

carré blanc sur fond blanc - Kasimir Malevitch
Kasimir Malevitch, 1918, Huile sur toile, MoMa, New-York

Ce blanc quasi-monochrome de Claude Monet :

couleur blanche -Effet de neige à Giverny - Claude Monet
Claude Monet, 1893, Effet de neige à Giverny, huile sur Toile, collection privée.

Ou encore Édouard Manet avec cette imposante pièce de tissu blanc dans laquelle la jeune femme semble flotter.

peinture robe blanche
Edouard Manet, La Dame à l’éventail ou La Maîtresse de Baudelaire, 1862
Robert Ryman, Chapter
Robert Ryman, Chapter, 1981 Huile sur toile de lin, Nashville (États-Unis)

De ses toiles monochromes blanches, l’artiste américain Robert Ryman dit :

« Ce n’est pas du tout de la peinture monochrome » (entretien, Artforum, mai 1971), « Faire des peintures blanches n’a jamais été mon intention. Et ça ne l’est toujours pas. Je n’estime même pas que je peigne des tableaux blancs. Le blanc est seulement un moyen d’exposer d’autres éléments de la peinture. (…) Le blanc permet à d’autres choses de devenir visibles » (Art News, été 1986).

Centre Georges Pompidou, parcours dans les collections modernes et contemporaines – http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-monochrome/ENS-monochrome.html
Robert Ryman, sans titre, 1961, Moma, New-York

Début 2020 avait lieu l’exposition Blanc sur Blanc à Paris, exposant des artistes tels que Cy Twombly, Lucio Fontana, Setsuko, Rachel Whiteread…
(source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/culture/portfolio/2020/02/19/exposition-le-blanc-s-invite-a-la-galerie-gagosian_6030072_3246.html)

Anecdotes

A la fin du 19ème siècle les artistes du Salon des arts incohérents s’amuse à amener une touche satirique envers les artistes de l’époque :

Alphonse Allais, 1883, Première communion de jeunes filles chlorotiques* par un temps de neige.

Moins drôle, à Londres en 1760, la comtesse de Coventry est morte empoisonnée à 28 ans pour avoir abusé des cosmétiques à base de plomb (céruse) et de mercure.

Quand à l’expression faire « chou-blanc », qui signifie ne rien avoir réussi, être dans l’in-succès, il faut aller regarder du côté du Berry et de la prononciation de « coup » en « chou ». Faire un coup blanc, correspondait ne pas marquer de point lors d’un lancement aux jeux de quilles (16ème siècle)…

*atteintes de chlorose = anémie

Conclusion sur la couleur blanche

Nuit blanche, balle à blanc, chèque en blanc, blanc-bec, drapeau blanc… Le blanc est loin d’être aussi in-significatif que sa non coloration pourrait le laisser croire. Il permet de mélanger, d’opacifier, de rehausser, d’atténuer, de cacher. Il sublime une couleur, éclaire un œil, illumine un nuage, fait briller les métaux et vibrer les fleurs. Le blanc n’est peut être pas une couleur à proprement parlé, mais il est loin d’être une absence de couleurs. Et surtout il permet aux autres couleurs d’exister, c’est là toute sa vraie nature. Pour re-citer Robert Ryman « Le blanc permet à d’autres choses de devenir visibles…« .

colombe blanche sur herbe verte

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