Le dessin, inné ou acquis ?

Est ce que (bien) dessiner c’est un don ? Ou bien tout le monde peut savoir (bien) dessiner ? Le dessin est il inné ou acquis ?

L’explosion de nos références visuelles à travers internet, les réseaux sociaux, les jeux vidéos, les B.D, la télé etc. brouille complètement nos sens sur ce qu’est le dessin. Quelles références prendre dans tout ce bazar visuel qui constitue nos vies aujourd’hui ?

Dessiner est une capacité innée

Vous avez remarqué comme les enfants dessinent facilement ? Ils prennent un crayon, un papier, et hop ! c’est parti, ni vu ni connu ils occupent de manière (très) équilibré l’ensemble de la surface de leur feuille. Ils n’ont pas peur de mettre de la couleur, ils n’ont pas peur de mal dessiner. Ils utilisent leurs mains et d’autres parties de leur corps. Vive les patates et les bonhommes en bâton. Les enfants savent vraiment dessiner, dans le sens où ils osent et n’ont pas peur d’échouer sur un dessin. tout le monde dessine avant de savoir écrire. Vous avez été un enfant… donc vous savez dessiner 🙂

La question est : vous savez dessiner comment ? Comme un adulte ou bien comme un enfant de 5 ans ?

C’est là que les choses se jouent… Si vous avez continué de dessiner après votre entrée en primaire, vous avez continué de progresser et probablement que votre trait de dessin d’adulte est plutôt pas mal. Si par contre, vous avez définitivement fait une croix sur le dessin et laissé vos crayons dans leur trousse depuis la maternelle, probablement que votre trait de dessin ressemblera à… celui d’un enfant de 5 ans…

Avec une approche plutôt humoristique, ce journaliste du journal Le Monde apporte quelques éléments sur le sujet de « la créativité est elle génétique? »:

 

Quel place pour l’acquis dans le grand « Bazar visuel »

Au moins, un septième de la population de la planète consulte les sites de réseaux sociaux chaque jour. Et ce chiffre, déjà en milliard, grossi chaque année. Le nombre de « posts » accompagnés de visuels doit flirter, sans hésitation, avec les millions de données chaque jour. Pour rappel : échanger des images c’est bien plus lourd que d’échanger du texte. Et communiquer ainsi est un gouffre écologique car nous devons avoir sans cesse un média branché électriquement pour consulter ces images. Le bon vieil album photo de tata Lucette était quand même bien pratique, pas besoin de courant pour se replonger dans ses souvenirs… Mais au fait, les souvenirs : quelle place leur laissons nous à nos souvenirs dans ce « bazar visuel » quotidien et omniprésent. Et bien aucune. Nous ne pouvons pas absorber ces quantités d’images alors nous ne faisons que survoler, entrevoir, juger, liker… Sans prendre le temps d’en faire un souvenir. A quoi bon d’ailleurs, car pourquoi nous encombrer de toutes ces images pour en faire des souvenirs puisque le grand bazar visuel est nourri chaque jour par des millions de nouvelles images. Vous même peut-être contribuez à nourrir cet insatiable « iconophage ».

Sans souvenirs, sans repère pour accrocher notre mémoire visuelle, comment développer les compétences nécessaires au dessin ?… Acquérir une connaissance, c’est aller la chercher, la gagner, la convoiter (du latin acquerre) et c’est aussi lui offrir une place dans notre corps. Pour que le dessin devienne acquis il faut lui laisser la place qu’il mérite dans notre mémoire visuelle.

C’est vrai, on dessine aussi avec son cœur. Mais avant tout il faut aussi savoir apprendre à observer. Observer, c’est s’arrêter sur une image, se poser, prendre le temps de laisser à notre cerveau s’imprégenr de l’image. Regarder les courbes, les lignes, les pleins, les vides, les valeurs, les couleurs… Peut être que certaines de ces compétences là sont innées, mais quoiqu’il en soit, aujourd’hui nous ne sommes pas dans une aire visuelle qui favorise cette approche de la « lenteur » d’observation. Cela demande des efforts !

Qu’est ce qui nous empêche de (bien) dessiner ?

Nous développons souvent nous-même nos propres freins. La barre de l’excellence est mise tellement haute que nous ne nous accordons même plus le droit de déborder ou de mal dessiner. Il faudrait un dessin parfait, du premier coup. Comme tout ce qui alimente notre iconographie quotidienne. Hors, apprendre à dessiner, c’est avant tout apprendre à se confronter à ses propres échecs. Car on ne réussi pas un dessin du premier coup avant plusieurs années de pratique…

“Ce dessin m’a pris cinq minutes, mais j’ai mis soixante ans pour y arriver.”
Pierre-Auguste Renoir

Ou du moins avant d’avoir pratiquer avec intensité. C’est vrai qu’au début de la pratique on peut être vite démotivé par un dessin qui ne ressemble pas à ce à quoi on voulait qu’il ressemble. Se projeter dans un dessin « idéal » dès le début est un énorme frein ! Le dessin se pratique, et même ceux qui ont du talent doivent régulièrement s’entraîner. La règle des 10 000 heures du psychologue Anders Ericsson vaut peut être pour les novices, mais je pense sincèrement que le dessin fait partie des rares disciplines où l’acquis est sans cesse remis en jeu.

Le dessin est un acquis inné

Pour une fois, je n’ai pas surchargé cette page d’article avec des images 😉 Écologie des images : arrêtons de nourrir l’iconophage et devenons iconophiles !
Je vous en ai choisi une seule, elle représente une paire de chaussures dessinées et peintes par Vincent Van Gogh. Prenez le temps de les observer, regardez le travail des ombres, des touches de bleus dans les bruns. Des rouges dans les ocres et les blancs. La touche de rouge judicieusement placée en premier plan qui équilibre la composition qui pourrait sinon être ennuyante. La touche de gris vers le coin en haut à gauche qui permet de donner de la profondeur au sujet (dont la perspective est plutôt fausse). Le saviez-vous ? : Vincent Van Gogh avait pris des cours de dessin pour se perfectionner…

paire de chaussures dessinées par Vincent Van Gogh

Dessin inné ou acquis, peu importe : amusez-vous !

Dessinez vos chaussures, un sujet que tout le monde a sous la main (ou plutôt sur/sous les pieds ;)).

« La créativité, c’est l’intelligence qui s’amuse »
Albert Einstein

C’est sûr nous avons tous des prédispositions pour telle ou telle discipline. Les influences génétiques, culturelles et sociales vont évidement être prépondérantes dans nos choix et nos capacités à évoluer dans la discipline. Mais le dessin même avec des prédispositions, est une discipline qui se pratique. Dix mille heures de pure théorie n’auront aucun effet sur votre progression… Selon moi, savoir dessiner est un « don » inné que l’on perd faute de pratique. Alors rien n’est entièrement perdu et votre talent ne demande qu’à se réveiller !

Bien entendu, je vous conseille fortement d’aller faire un tour du côté de mon livre « Dessiner pour créer » où je propose une mise en pratique pour (ré)apprendre à dessiner 🙂

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