Être auteur jeunesse

Raconter des histoires, voire s’émerveiller les plus petits, transporter les plus grands dans un monde imaginaire sans limite, faire rêver, véhiculer une manière de voir la vie… De nombreuses raisons peuvent nous pousser à vouloir écrire et/ou dessiner pour la jeunesse, c’est un très beau terrain de jeux pour les auteurs. Mais être auteur jeunesse ne s’improvise pas. Il y a tout un travail derrière et autour la création pour que le rêve d’une histoire puisse prendre son envol. Voici quelques points clefs  sur le sujet ainsi que l’interview (exclusif 😉 ! ) d’une talentueuse auteur de livres jeunesse.

Un secteur toujours au top

Le secteur de la littérature jeunesse est le deuxième secteur le plus important derrière la catégorie « roman ». En 2017, les livres jeunesse* représentent 20% des exemplaires vendus (entre le top à 24% pour les romans, et devant les livres liés à la catégorie « vie pratique, loisirs, tourisme » avec 13%). C’est un secteur qui ne connait pas la crise. Pour autant seuls 2500 auteurs parmi les 55000 référencés sont affiliés à l’AGESSA (voir l’article « artiste amateur, comment… »). Ce qui représente seulement 4,5% des auteurs, et ce toutes catégories confondues, qui peuvent prétendre pouvoir vivre de leurs revenus de droits d’auteurs. Aucun titre dédié pour la jeunesse ne figure parmi le top 30 des meilleures ventes de 2017. Pourtant le livre le plus vendu en 2017 est « Astérix et la Transitalique » qui caracole en tête avec près d’un million six cent mille exemplaires vendus (!).

Écrire

Être auteur jeunesse demande souvent d’autres compétences que de la créativité pure. Certains ont un (vrai) don pour raconter des histoires, pour y mettre les bonnes intonations, jouer avec les personnages. Mais les écrire puis les faire publier est un exercice qui demande un peu de rigueur et d’organisation. On ne s’improvise pas auteur du jour au lendemain. L’envie d’écrire ne suffit pas à faire une bonne histoire. (De même que le plaisir de dessiner ne suffit pas à créer de bonnes illustrations !)

L’interview

Dans ce pari audacieux,  j’ai eu l’occasion de collaborer plusieurs fois avec des auteurs jeunesse. Nous sommes souvent (du fait de nos parcours et de la difficulté à en vivre) des profils un peu atypiques… De ceux qui ne peuvent plus laisser leur créativité au placard. De ceux qui ont besoin d’écrire, besoin de dessiner. Mais aussi de ceux qui vont devoir cravacher dur pour trouver un éditeur ! Nous tentons alors ce pari (fou?) et audacieux de se lancer dans la création d’une histoire pour la jeunesse. Et si on s’accroche, alors de belles rencontres amènent souvent de beaux projets.
Voici l’interview de Sylvie Baud-Stef pour nous parler de ce métier prenant et passionnant, mais aussi parfois difficile. Elle nous apporte son éclairage sur quelques questions clefs liées au métier d’auteur jeunesse.
Nous avons travaillé toutes les deux sur différents projets, dont le livre « La mouche et l’enfant »  (une histoire drôle bilingue français/anglais, à paraître très prochainement aux Éditions de l’Officine).
Elle a gentiment accepté de nous parler de son métier-passion: être auteur jeunesse.

N.A : Peux tu nous présenter ton parcours en quelques mots ?

Sylvie B.S : Mon parcours est loin d’être rectiligne !
Quand j’ai commencé à travailler j’étais en fait très loin de la littérature jeunesse. J’exerçais dans le domaine de la recherche en particulier sur le maïs ou sur les arbres. Je me suis ensuite reconvertie pour être professeur des écoles. J’ai pu alors me plonger autant que je le désirais dans la littérature jeunesse. Dans mes classes, j’ai eu la chance de pouvoir partager ce plaisir avec mes élèves. Jusqu’au jour où j’ai pris mon courage d’une main, un stylo de l’autre et je me suis jetée à l’eau.

✏

N.A : Qu’est ce qui t’a amené à vouloir écrire dans le domaine de la littérature jeunesse ?

Sylvie B.S : Comme Obélix pour la potion magique, je suis tombée très tôt dans la littérature jeunesse !

En fait, il y a toujours eu beaucoup de livres de tous les genres chez moi, et notamment des albums jeunesse. Quand j’étais jeune, j’ai été animatrice de centre vacances puis formatrice. Déjà à l’époque, j’aimais lire, raconter des histoires ou les écouter. Cela ne m’a jamais quitté. Plus tard, dans le cadre de ma formation de professeur des écoles, j’ai eu le plaisir de suivre différents modules sur la littérature jeunesse, l’écriture de contes…

N.A : Raconte nous comment se passe ton travail d’auteur. Par exemple une journée type !


Sylvie B.S : Il n’y a pas vraiment de journée type !

Je travaille chez moi, je peux donc gérer mon temps comme je veux. J’essaie d’écrire tous les jours. Mais certains sont blancs, c’est à dire, sans grande inspiration. Je retravaille alors plutôt des textes, fais le point sur mes envois aux éditeurs, en recherche d’autres. Il y a aussi des périodes où une histoire est en train d’émerger. Les idées arrivent un peu n’importe quand. Je les note telles quelles, fait de la recherche documentaire pour approfondir, vérifier certaines choses. Et enfin il y a les moments où je suis en pleine rédaction d’un texte. Là j’ai l’impression de l’avoir en permanence avec moi. Je rêve même la nuit que j’écris, corrige, trouve d’autres formulations, des idées, des enchaînements. Et à mon réveil, je me dépêche de noter le plus de choses possible avant de les oublier.

N.A : Comment se passe ta démarche auprès des éditeurs ?

Sylvie B.S : La plupart du temps, j’envoie un manuscrit accompagné d’un message d’introduction. Puis, j’attends souvent en vain ou très longtemps des réponses éventuelles. Il faut savoir être très très patiente… Et parfois une bonne nouvelle arrive !

N.A : L’édition jeunesse en format numérique est en plein boum. Que penses tu de ce format ?

Sylvie B.S : Je trouve que tout ce qui peut inciter à lire est très bien ! De plus, le format numérique offre des possibilités différentes de celles du papier. Enfin, il est quand même parfois plus pratique surtout pour les gros lecteurs, un tablette est quand même plus facile à transporter qu’une valise de bouquins ! Ceci dit cela ne remplace pas le papier. Je trouve en fait que c’est complémentaire.

N.A : Par quoi as tu été le plus surprise en choisissant ce métier ? Un truc auquel tu ne t’attendais pas du tout ?

Sylvie B.S : Ce n’est pas vraiment de la surprise mais je me suis rendue compte que ce métier n’est pas si solitaire que ça. Bien sûr, quand j’écris j’ai besoin de calme et de solitude. Mais je suis en relation avec des illustratrices (!), des maisons d’édition, d’autres auteurs. Les échanges ne sont peut être pas toujours réguliers et fréquents. Mais il ne sont jamais en vain.

N.A : Qu’est ce que tu trouves le plus difficile ?

Sylvie B.S :Attendre des réponses qui n’arrivent jamais ! C’est usant.

N.A : Quels sont tes auteurs (pour la jeunesse) préférés ?

Sylvie B.S :  J’en aime beaucoup de tous les styles ! Côté album je dirais, Claude Boujon, en particulier La chaise Bleue que j’adore, mais aussi Philippe Corentin, Grégoire Solotareff, Claude Ponti; Thierry Lenain…J’aime aussi les textes de Philippe Lechermeier, de Marie-Aude Murail, Hubert Ben Kemoun, Agnès Desarthe, Suzie Morgenstern, Bernard Friot,…

N.A : Enfin, quels conseils relatifs à l’écriture donneraient tu à celles et ceux qui (un peu comme nous!) souhaitent prendre le train en marche ?

Sylvie B.S : La règle des 3 P !
– ne pas bouder son plaisir !
– persévérer !
– savoir être patient… très patient !

Son blog : http://plumedemouche.monsite-orange.fr

Ses parutions :

Pour aller plus loin

Pour découvrir les nouvelles pépites de la littérature jeunesse : il y a l’incontournable salon du livre et de la presse jeunesse qui se déroule chaque année(vers la fin d’année) à Montreuil (93). Loin d’un temps où ce salon se déroulait sous un petit chapiteau sur la place devant la mairie, il y a maintenant près de 3000 acteurs et des milliers de visiteurs chaque année.
De nombreux autres salon du livre ont lieu à travers toutes la France, tout au long de l’année. Ces salons permettent d’aller à la rencontre des professionnels du secteurs (auteurs, illustrateurs et surtout éditeurs). Par contre, lors d’un salon comme celui de Montreuil il n’est pas (plus) possible d’y aller avec son book sous le bras et le regard plein d’espoir pour espérer échanger avec les éditeurs. Si vous êtes jeune auteur je crois qu’il y a des rendez-vous pour des sessions de rencontres et sinon il s’agit plus de découvrir de nouveaux livres plus que de démarcher professionnellement…
Les salons plus petits sont beaucoup plus propices à l’échange (je pense à celui de Kercabellec par exemple, même s’il n’est pas dédié jeunesse j’avais eu l’occasion d’échanger avec une illustratrice et au moins deux éditrices). Pour ceux qui souhaitent se lancer pour être auteur jeunesse, les salons restent un bon moyen de prendre la « température » du secteur.

L’écrivain public (Extrait) – Jean Jacques de Boissieu – Gravure – 1790 -Metropolitan Museum of New-York

Des liens utiles :

*source : http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Livre-et-Lecture/Economie-du-livre
Crédit photos : Pixabay

 

Quelques suggestions de lecture :

(je ne pouvais pas ne pas le mettre! 😉 )

Astérix – Astérix et la Transitalique – n°37


Les Cahiers de la Charte, N° 1 Printemps-Eté 2 : Pourquoi écrire et illustrer pour la jeunesse ? : Quel declic pour se mettre à créer ? Forum de Montbéliard


J’écris pour la jeunesse: Guide pratique


Devenir illustrateur jeunesse: Panorama de l’édition jeunesse – Techniques d’illustration – De l’illustration au livre – Se former.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *