Les couleurs, partie 1 : introduction

Quelque soit votre moyen d’expression : la peinture à l’huile, la peinture aquarelle, les crayons de papier… Vous utilisez régulièrement la couleur. Nous avons souvent une attirance, une préférence pour certaines catégories de couleurs. Soutenues, vives, foncées, claires, pastels, froides, chaudes… Le panel d’expressions pour établir la « définition » d’une teinte est très riche. Nos outils numériques nous permettent une accessibilité et une restitution quasi infini des couleurs. Pourtant ce n’est pas si facile de jouer avec, de les marier, de les harmoniser. Au moindre faux pas, avec une mauvaise touche au mauvais endroit, ça peut être le drame sur une peinture ! Notre œil est sensible, il est même capable de détecter un seul photon. La couleur est un langage à part entière. En tant qu’artiste, vous ne devez pas passer à côté de cette dimension dans la création de vos œuvres.

Voici un petit tour (non exhaustif) de différentes approches de la couleur.

La base des couleurs : Les primaires

Il y a les couleurs dites « primaires » (bleu, rouge, et jaune) que nous connaissons tous depuis l’école primaire 😉

Les couleurs primaires : Bleu – Jaune – Rouge

Elles sont les couleurs de base à partir desquelles nous pourrons fabriquer les variantes (du vert, du violet…).
Le cercle chromatique permet une visualisation de ces couleurs pures et de leurs dérivées (secondaires et tertiaires) :

Le cercle chromatique de Johannes Itten en 1961, avec au centre le triangle des couleurs primaires

Néanmoins sur votre palette d’artiste, il est peu probable que cela ressemble à ça ! Ce cercle est une vue qui permet de théoriser une approche de la classification des couleurs. Mais ça ne tient pas compte par exemple de la teinte (claire ou sombre) ou de son intensité en pigment.

D’ailleurs, certains artistes ne travaillent pas en mélangeant les couleurs primaires. La variété des couleurs proposées en tubes permet d’établir assez rapidement une palette de couleurs riche dès le départ. La peinture en tubes avec l’avènement de la peinture en extérieur à permis aux peintres de se détacher de la préparation des couleurs. Car ils devaient alors préparer leur propres couleurs à base de pigments et de liants.

Vous pouvez d’ailleurs essayer, c’est une expérience assez formatrice ! Il vous suffit de vous procurer les pigments (c’est ce qui est le plus cher, le prix dépend de la teinte du pigment) et du liant. Le liant va caractériser le type de peinture (liant acrylique, huile, œuf…).

Le cercle chromatique de Claude Boutet, 1708

 

Gerhard Richter, 1024 Couleurs – 1973, 254 cm x 478 cm, Laque sur toile
Source : https://www.gerhard-richter.com/fr/art/paintings/abstracts/colour-charts-12/1024-colours-6057/

Des références mélangées

Pour les images au format numérique, les réglages se réalisent sur d’autres échelles. Par exemple le format RVB (ou RGB en anglais) est le format le plus courant sur internet puisqu’il codifie les images en format JPG/JPEG (Joint Photographic Expert Group). Il s’agit de l’abréviation de Rouge / Vert / Bleu, le code de la couleur est écrit en code hexadécimal. De 00 (0% ou 0) à FF (100% ou 255), 00 correspond au noir pur et FF à la couleur pure. Donc le code hexadécimal #0000FF correspond au bleu « pur ». Il est bien entendu assez loin du bleu primaire qui sort du tube de peinture.

Pour les images numériques, la référence RVB. Les codes couleurs s’additionnent au milieu (mode additif).

Néanmoins ce format ne sera pas adapté par exemple à l’impression. L’échelle de couleurs utilisée pour l’impression est la quadrichromie*, en CMJN (Cyan, Magenta, Jaune, Noir, et oui comme vos cartouches d’imprimantes 🙂 ), CMYK en Anglais (Cyan, Magenta, Yellow, Key avec key pour valeur). Elle date du 18ème siècle et est utilisée en imprimerie. La décomposition des indications chromatiques sur ces 4 valeurs permet de se rapprocher au mieux des couleurs réelles en optimisant le processus d’impression. Si on devait faire une correspondance avec le cercle chromatique : le cyan correspond au bleu-vert, le magenta au rouge-violacé. Le noir correspond à la valeur (intensité de gris). C’est un procédé qui permet de séparer la coloration de la luminosité. Sur certaines imprimantes maison qui n’ont que trois cartouches Cyan/Magenta/Jaune, le noir y sera moins intense lors des impressions.

Pour l’impression, la référence CMJN (mode soustractif), plus proche du référentiel de cercle chromatique utilisé en peinture

Encore plus technique…

En vidéo aussi, la phase d’étalonnage (qui consiste à corriger l’image en contraste, luminosité, teinte, puis ensuite par l’application de filtres) va donner son langage des couleurs au film. Le format en RAW (utilisé en photographie) stocke les informations brutes (les métadonnées) du capteur (sans traitement d’affichage). Ce qui permet ensuite un étalonnage avec bien plus d’informations que les format déjà traités pour l’affichage (tels que le JPG). C’est assez technique mais en gros on reste sur un système RVB avec beaucoup plus d’informations. Là où un fichier JPG pèse 1Mo un fichier RAW en pèsera 4Mo, soit 4 fois plus d’informations pour permettre des réglages postérieurs bien plus fins.

Mire TDF des années 80

Et notre œil dans tout ça ?

Pour faire simple, la lumière est une onde électromagnétique, et notre œil en perçoit l’ensemble du spectre dit « visible », celui de la lumière blanche. Cela correspond aux couleurs de l’arc-en-ciel.
La rétine de notre œil est constituée de capteurs qui se présentent sous la forme de bâtonnets et de cônes. Ces derniers sont sensibles au bleu, vert et rouge (comme RVB…).

un schéma simplifié de l’œil

Les cônes perçoivent essentiellement les couleurs, les bâtonnets perçoivent les nuances de gris.

Les cônes permettent de restituer les informations couleurs, les bâtonnets perçoivent les faibles lumières en noir et blanc

Nous sommes capables de reconnaitre une image sans ses informations couleurs. Les peintres numériques appliquent d’ailleurs cette technique qui consiste à travailler d’abord les valeurs (l’image en « noir et blanc »), puis à y ajouter ensuite les informations couleurs.

Nous sommes capables de reconnaitre le sujet, même sans les informations couleurs

L’homme est tri-chromate** mais d’autres espèces sont di-chromates ou tétra-chromates (4 types de cônes).

Source : https://pixabay.com/fr/finch-gouldian-oiseau-la-faune-2022851/

A chaque support son référentiel de couleurs correspondantes

Comme on l’a vu précédemment, chaque support (page de livre, toile du peintre ou écran d’ordinateur…) à son propre référentiel de couleurs. Notre œil reste un capteur quasi inchangé. Néanmoins l’age et d’autres facteurs de santé peuvent perturber notre vision des couleurs.
En tant qu’artiste, si vous débutez, peut être vous ne « verrez » pas tout de suite la différence entre un bleu-vert et un bleu-jaune. A force d’avoir toutes ces informations couleurs « simplifiées » par les systèmes numériques nous avons (peut être) une fonction diminuée de nos perceptions colorimétriques. Vous devrez exercer votre œil (autrement que par l’intermédiaire des écrans !) de la même manière que vous vous exercez au dessin d’observation.

Une histoire de mode ou un mode d’histoire

L’approche des couleurs n’est pas figée dans le marbre. Nos goûts sont une question d’époque et de lieu. Si le bleu aujourd’hui est une des couleurs préférées des Européens, il n’en a pas toujours été ainsi. Il n’y avait même pas de mot précis pour le désigner contrairement aux couleurs rouge, blanc et noir qui étaient admises comme étant des vraies couleurs. Alors qu’aujourd’hui, si on regarde le cercle chromatique de Itten, le blanc et le noir en sont absents.

En 2015, Pantone intègre la couleur « jaune Minion » à son célèbre nuancier ! Le guide Pantone est la référence des couleurs pour les métiers créatifs (designers, graphistes…).

Créer de la couleur

En tant qu’artiste, votre préoccupation ne sera pas forcément de retranscrire les couleurs réelles, mais de se servir d’elles pour véhiculer une intention, une atmosphère, une émotion… Quoiqu’il en soit c’est une composante essentielle, par sa présence (ou son absence) dans la réalisation artistique.

Des couleurs non réalistes

Pour finir cette introduction aux couleurs

Souvent lors de mes recherches sur internet de tableaux de grands maîtres je suis bien embêtée pour savoir quels sont les « vraies » couleurs employées. Voici un exemple flagrant sur cette recherche de tableau :

Aucunes des images n’est identique en informations couleurs. Tantôt ça tire vers le jaune, tantôt vers le bleu, tantôt vers le sépia… Et le problème est récurent. Dès qu’il s’agit d’une photo de peinture il est très compliqué d’avoir la colorimétrie exacte. Les reproductions (impressions) sur papier sont (si on y met le prix) généralement plus fidèles (mais pas toujours…).

Allez un autre : la mer est elle bleue ? verte ? Même le rouge du costume semble tirer vers l’orangé…:

L’introduction permanente des écrans introduit des étapes visuelles supplémentaires dans l’accès à une œuvre : il y a un (ou plusieurs) appareils de numérisation (APN, scanner, smartphone…) + un mode d’affichage du contenu (LCD, écran, livre, smartphone…)+ et enfin notre œil. Autant de chance de déformer l’information couleur initiale !

D’où l’importance de se déplacer dans les musées pour voir de vos vrais yeux les couleurs et l’émotion qui peut s’en dégager et vous inspirer…

Note : pour les malvoyants, des audioguides et des expériences d’impression en 3D d’œuvres d’art sont parfois proposés dans les musées.

Sources :

*https://fr.wikipedia.org/wiki/Quadrichromie
**http://www.bernon.fr/index.php?page=couleur-vision-et-image

A suivre :

Quelques suggestions de lecture


Le nuancier de la peinture à l’huile: Petit guide des mélanges de couleurs.


Le Petit livre des couleurs (lu)


La Couleur des films. Dictionnaire chromatique du cinéma


La Couleur et ses accords

 

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