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Pourquoi je ne suis (presque) pas d’accord avec Monsieur Hergé…

Dans un récent article* Hergé est cité avec la phrase suivante :

« Ce n’est pas en copiant les dessins des autres que l’on sait pour autant dessiner (…) ».

Autant dire que j’ai un peu trépigné sur ma chaise en lisant cela !
Incontestablement, c’est un immense dessinateur, un fabuleux conteur aussi. Il fait partie des génies du 9ème Art (et pour ceux qui ne le sauraient toujours pas, il y a une expo qui lui est consacrée en ce moment, du 28-09-16 au 15-01-17 au Grand Palais…).

Le dessin là au dessus, c’est pas une copie de dessin, c’est un petit crobard de la figurine en latex ci-dessous 🙂

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Pourquoi je ne suis pas d’accord ?

Je pense que copier, c’est aussi observer, chercher à comprendre comment s’est construit l’original. Selon moi, la copie, c’est avant tout un apprentissage. Ça ne veut pas dire que c’est une fin en soi, mais ça aide parfois (comme pour ma pomme d’autodidacte…) à tenter d’apprendre quelque chose.

copie d'un dessin de Enki Bilal
ma copie d’un dessin de E. Bilal dans les années 90

Le dessin qui m’a le plus appris en tentant de le reproduire, c’est celui d’Enki Bilal, j’étais une grande fane de la trilogie Nikopol. C’était une couverture du (feu) magazine Pilote, j’étais au lycée et j’avais encore le temps pour ce genre d’exercice. Je m’étais amusée à recopier cette fabuleuse couverture (un personnage avec une perruque en train de se raser, il y a avait des coulures de sang sur son coup et une guillotine). En cherchant à reproduire ce dessin, je n’imaginais pas que j’allais plonger au cœur du dessin et des techniques utilisées. C’est là que j’ai pu voir que monsieur Bilal mélangeait les techniques, peinture mais aussi craies (ou crayons).


Alors, oui, je l’avoue, j’ai copié ! Mais qu’est ce que j’ai appris 😉
Et même que j’ai remis ça récemment avec Gaston, ça m’a permis de voir qu’il fallait y aller sur les noirs**.

Pourquoi je suis (presque) d’accord avec lui

Pour citer entièrement la phrase d’Hergé :

« Ce n’est pas en copiant les dessins des autres que l’on sait pour autant dessiner. Savoir dessiner, c’est d’abord, et avant tout, savoir observer. Observer ce qui nous entoure et le reproduire sur le papier. Ce n’est d’ailleurs pas en reprenant les personnages des autres, ainsi que leur style d’aventures que l’on deviendra créateur. La création est une relation entre l’auteur et son imagination. Celle-ci est infinie… »

Alors oui, la création est une teinte particulière qui est propre à chacun d’entre nous. Et ce qui est important là, c’est le terme de créateur/création. La création est infinie si on se donne la peine de lui accorder une chance d’exister, mais aussi qu’on lui donne de la matière. Tout le monde n’aura pas eu la chance de faire des écoles d’arts graphiques pour laisser libre court à son imagination. Car si mon imagination est infinie, les moyens que j’ai pour l’exprimer ne le sont pas. J’ai besoin de savoir construire mon idée sur le papier, et l’observation du réel n’est parfois pas suffisante… (Oh punaise ! on dirait un sujet de philo…).

Copier, oui,  pour marcher tout seul

Alors, copier, oui, mais pour apprendre, et même pour apprendre à observer, puis pour apprendre à créer, pas pour plagier…
Si on regarde les musiciens, sauf cas d’oreille absolue, l’apprentissage passe notamment par la copie. On fait ses gammes et on apprend en répétant les morceaux qui existent déjà. Puis, plus ou moins rapidement, certains vont être capables de s’écarter de la ligne principale, ils vont  interpréter. Une note par ci, un accord augmenté par là, un rythme un peu différent, et c’est leur sonorité propre qui va donner une autre dimension au morceau. C’est ce qui va faire qu’on tend l’oreille et se dire « ah tiens ça me dit quelque chose! », mais pour autant on peut rester pantois devant cette nouvelle couleur d’interprétation. Rappelons nous Julien Doré en train d’interpréter Like a Virgin de la Madonne, ou Moi Lolita un moment rare qui selon moi illustre vraiment ce qu’interpréter veut dire. Interpréter, c’est créer, aussi.

Sans rentrer dans l’analogie complète entre dessin et musique : on peut apprendre en recopiant. Car on apprend vraiment, si on le prend comme un exercice d’observation, de construction et de réflexion. Pour s’en défaire et apprendre à marcher tout seul ensuite.

Le mot de la fin

Au final, les cas sont assez rares en BD où un personnage est complètement plagié (d’ailleurs, là tout de suite, j’en ai pas sous le coude). Il y a pourtant de nombreux personnages qui vivent des aventures avec des créateurs différents (je pense par exemple aux personnages de Spirou et Fantasio qui vivent ou ont vécu sous la plume de plusieurs dessinateurs/auteurs différents; il y a du Franquin, du Fournier, du Bravo, du Tome & Janry, du Chaland et d’autres encore!).

L’exercice d’interprétation peut donner parfois, comme en musique, de très belles compositions. Je pense en exemple récent aux très belles lignes de l’Homme qui tua Lucky Luke*** de M.Bonhomme.

Ce qui est fun, c’est de créer, pas de dupliquer, sinon ça s’appelle une photocopieuse 😉

*BAM Hors Série Septembre 2016, Hergé, les secrets du créateur de Tintin
**
les traits ou aplats à l’encre noire
*** L’homme qui tua Lucky Luke, l’hommage de Matthieu Bonhomme à Morris,
Lucky Comics 2016

Juillet

Le manoir

Et voilà les résultats du concours Patata.

Un premier prix du public en catégorie Aquarelle pour le manoir :

Le manoir
Le manoir

Et un deuxième prix (ex-aequo) pour « Robert » en catégorie dessin :

robert - dessin crayon
Robert